Article d'Albert MOUSSET • Publié dans le JOURNAL LE MONDE le 14 décembre 1950
Avec les sobriquets ou " blasonó " que se décochent chez nous les gens de ville à ville ou de village à village on pourrait constituer une petite anthologie folklorique dont le chapitre le plus fourni serait évidemment celui de la médisance.
Beaucoup d'ailleurs se perdent ; on ne les regrettera que dans la mesure où ils perpétuaient un souvenir historique ou une tradition locale. Seulement le plus souvent ce souvenir et cette tradition se laissent malaisément déchiffrer, et les érudits provinciaux qui cherchent à les dégager sont loin d'être toujours d'accord.
Nous avons par exemple en France des quantités de villages dont les habitants sont qualifiés par leurs voisins de " Ventres jaunes ". On en trouve un certain nombre dans le Berry et le Bas-Poitou : ce serait, selon les folkloristes locaux, parce que ces villageois avaient autrefois un teint ictérique révélateur des lésions hépatiques d'origine paludéenne. Chose curieuse : on retrouve le même sobriquet (yellow bellies) chez les habitants du comté de Lincoln, qui fut autrefois marécageux. En revanche, dans le Forez, quand on demande pourquoi les gens de Sury-le-Comtal sont appelés Ventres jaunes, on vous répond que c'est parce qu'ils sont du pays des courges...
Si les Douaisiens étaient jadis appelés les Ventres d'osier c'est sans doute une allusion au mannequin Gayant, qu'honorait comme un ancêtre une vieille tradition populaire.

Beaucoup de sobriquets évoquent des abus ou des singularités alimentaires. On avait surnommé les gens d'Alès les Mangetripes ; en Provence il y a les Mangeurs de fricassée de Cabanes, les Mangeurs de gros boudin de Bargemont, les Mange-boucs de Crillon, les Mange-chèvres de Revest, les Mangeurs de sang de Brandisant, les Mange-tripes des patients (condamnés à mort) d'Aix,
les Mangeurs d'oreilles d'âne de Trets, etc. Malheureusement ces vocables provençaux perdent leur saveur quand on les traduit.
Il en va de même de ceux qu'ont patiemment recueillis dans la vallée de Barcelonnette feu le docteur Barjavel, et pour toute la Provence l'inlassable et prestigieux érudit qu'est notre ami Marcel Provence : les Corbeaux de Saléon, les Regardeurs d'Upaix, les Porcatiers de Misan, les Enfumés de Lagrand (parce qu'ils brûlaient leur bois vert), les Culs-rouges d'Eyguians, les Menons (boucs châtrés) de Venasque, les Anons de Barrême, les Etrangleurs d'ânesses de La Baume (ils chargeaient trop les bêtes de somme), etc.
Pour la seule Provence on a relevé plus de trois cents " blasons " de ce genre !
Certains évoquent des traditions commerciales ; on désigne les habitants de Saint-Junien sous le nom de Gantiers, même dans les chroniques sportives. D'autres perpétuent des accusations malveillantes : par exemple dans l'Ardèche les habitants de Saint-André-la-Champ, lou Scrouvelus, parce qu'on leur reprochait de vendre des châtaignes séchées dont il ne restait que la coque ; les gens du hameau de la Madeleine, près de La Roche-en-Faucigny, les Ganfiacos, c'est-à -dire gonfleurs de corps, fraudeurs sur le bétail.
De ville à ville voisine on échange ainsi des aménités. Les Vichyssois appelaient les gens de Cusset les Chiens verts ; en retour ceux-ci appelaient les Vichyssois les Enfants de Carafé. En Savoie les villages limitrophes de Marin et de Publier se traitent mutuellement de Patnalious (mangeurs de carottes) et de Gôtreux (goitreux) ; ceux de Villaz et d'Aviernoz, de Cacaseillos et d'Ecœurnos (écornés) ; ceux de Cran et de Poisy, de R'noillis (grenouillés, à cause des marais) et de Borriques ; ceux de Chapeiry et de Chavanod, de Faves (fèves) et de Pros couais (poires cuites).
Au village de Lugrin, sur le Léman, les riverains du lac appellent ceux de l'intérieur les Nan-nan à cause de leur parler traînant, tandis que ceux-ci traitent leurs voisins de Clots (mouettes). Les habitants de Thairy sont qualifiés de Gotasolets - ceux qui goûtent seuls, n'invitent personne.
Ainsi presque tous les sobriquets sont péjoratifs. Cependant on dit " les Bonnes gens de Nogent " (sans doute par assonance), et si l'on appelle les habitants de Saint-Dizier les Bragards, ce serait la déformation de l'épithète de " braves gars " que leur aurait donnée François Ier. Croyons-les sur parole. Les habitants de Troyon, dans la Meuse, sont dits les Grands-Culottes : serait-ce qu'ils ont été les premiers à adopter le pantalon révolutionnaire ?
Pourquoi appelle-ton dans le Jura les gens de Ney les Calins, et ceux de Vaudioux les Zazas ? Pourquoi dit-on que les gens de Longchaumois sont " sans bourrillon " (sans nombril) ?
Pourquoi les habitants de Saint-Léonard-de-Noblat (Haute-Vienne) sont-ils désignés sous le sobriquet de Miauletous ? Et ceux de Bromont-Lamothe, dans le Puy-de-Dôme, de Braillauds et de Braillaudes ?
Autant de petits problèmes d'érudition locale.
Terminons cette nomenclature humoristique par la banlieue de Paris, à la région sud de laquelle M. Albert Maugarny a consacré une monographie. Les citoyens de Fontenay-aux-Roses étaient appelés les Meignots, à cause de leur manière de prononcer le mot " moineau " ; ceux d'Arcueil, les Faux témoins (en raison, paraît-il, d'un, souvenir révolutionnaire) ; ceux de Gentilly, les Canards ; ceux de Bourg-la-Reine, les Boyaux rouges ; ceux de Fresnes, les Grenouilleux ; ceux de Chatenay, les Fressuriers ; ceux du Plessis-Piquet, les Hiboux ; ceux de Rungis, les Corbeaux ; ceux de Villeneuve-le-Roi, les Betteraves : ceux d'Orly, les Bottiaux ; ceux d'Antony, les Traîne-binette.
Rien de tout cela n'est extrêmement spirituel. Du moins cette liste de sobriquets, qu'on pourrait allonger à l'infini, atteste-t-elle la persistance chez nos ancêtres de ce que les vieux jongleurs appelaient la " gaberie ", ce genre de moquerie plaisante qui s'exerce au détriment des proches et retombe généralement avec usure sur ceux qui la pratiquent.
Albert MOUSSET
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